Remettre l’esprit d’aventure au coeur de nos vies
« On ne découvre pas de nouvelles terres sans accepter de perdre de vue le rivage pendant très longtemps« .
André Gide
Partir à la découverte d’ailleurs répond, pour moi, à deux besoins qui me paraissent essentiels.
Le premier est mon besoin personnel de voyager, le bonheur d’être en route ; le deuxième, celui de transmettre et plus précisément de transmettre le goût, l’esprit d’aventure à mes enfants.
J’ai ce sentiment que l’aventure, tout comme l’art et la beauté, sont les ultimes contre-poisons à notre monde de plus en plus formaté, cadenassé, surveillé, sécuritaire, prédictible, conformiste, parfois mesquin et empêtré dans le confort et la prévoyance.
Ils peuvent aussi, du moins je l’espère, à leur mesure, être un moyen de résistance contre l’esclavage virtuel, l’omniprésence des écrans, des avatars, des réseaux sociaux, de tout ce virtuel qui happent notre temps et notre attention et prônent une aventure «safe» qui peut occulter le monde réel…
L’esprit d’aventure de nos jours n’est plus valorisé (si ce n’est dans les extrêmes donc pas à la portée de tout un chacun) car il implique la recherche de l’imprévu, du risque, de l’inconnu or nous sommes dans une société bien matérialiste et sécuritaire qui cultive la peur: peur de l’autre, peur de l’inconnu, peur du monde, peur de l’effort à fournir, peur, peur, peur…
Transmettre donc l’esprit d’aventure pour armer nos jeunes contre la tyrannie du « béni oui oui », parer à cette période de désenchantement et qu’ainsi, même dans les pires situations, ils y aillent, ils ne baissent pas les bras pour changer le cours des choses.
Qu’ils acquièrent, bien ancrés en eux, la volonté de l’âme. Qu’ils puissent, dans ce monde en transition, faire face aux transformations de celui-ci, qu’ils puissent l’assumer, aussi désagréable que cela puisse parfois être.
J’aimerais, de voyage en voyage, avancer toujours un peu plus loin, palier par palier, vers plus d’aventure tant cela semble être de plus en plus vital !
L’aventure et le voyage sont de vraies écoles de vie et plus que jamais il me semble important de ne pas, plus, proposer à nos enfants uniquement de l’aventure au rabais, bidon ou virtuelle.
Au sein de l’industrie touristique, quelles sont les possibilités de vivre une véritable aventure, faite d’apprentissages et de rencontres authentiques ? Très peu tant nous sommes poussés à y être des consommateurs, spectateurs et visiteurs.
Le voyage est devenu une marchandise comme le reste. On nous y propose des activités récréatives faites de clichés, de « best of », de « place to be », où l’imprévu est tellement gommé et l’attendu tellement au rendez-vous.
C’est toute la différence entre le domaine de l’aventure (s’exposer) et le domaine du tourisme (se protéger).
Peut-on encore vivre l’aventure dans ce monde si uniformisé ? L’Europe, le monde est tellement devenu un lieu commun où il est facile d’aller d’un pays à l’autre sans même être dépaysé ou chamboulé dans nos habitudes et nos repères, où nous avons tout juste à glisser de quelques centaines ou milliers de kilomètres en quelques heures sans pour autant devoir nous adapter tant nous y rencontrons partout le même : mêmes types de gares ou d’aéroports, mêmes widgets et panneaux de signalisations, mêmes systèmes de réservations, mêmes métros, bus, trams, mêmes distributeurs de billets, mêmes nourritures conditionnées, stéréotypées, industrialisées, mêmes enseignes et grandes chaînes, mêmes marques, mêmes conceptions de musées, mêmes circuits, mêmes portables, gps, … Mêmes. Cela rassure et facilite la transition. Sans perdre nos habitudes, le chemin est tout tracé, sans danger, sans risque, on est en terrain connu.
Mais à être ainsi dirigés, contenus, familiarisés… pour peu que l’on ne fasse pas l’effort de sortir des sentiers battus, on manque le côté aventure, la rencontre, le dépaysement, on passe à côté du vrai butin d’un voyage et de l’aventure.
L’aventure c’est : « En avant, en avant ! », « Osons, osons ! », c’est l’imprévu, l’audace, l’envie d’ailleurs, de rompre avec le quotidien, l’ennui, l’habituel, le connu, …
L’aventure exhorte à la curiosité. Elle intensifie, confère aux choses simples et bonnes une valeur inestimable.
Aussi aider nos enfants à être habités par l’esprit d’aventure c’est les encourager à sortir de leur zone de confort, les amener à accepter le changement et la différence, les encourager à être curieux, susciter l’envie et le désir d’explorer, à aller à la découverte des autres, du monde avec enthousiasme, à être actifs et acteurs et non passifs, à utiliser leur instinct et leur intuition, à vivre des émotions et augmenter leur sensibilité, à affiner leur regard, à les aider à remettre en question leurs certitudes, à apprendre à écouter et observer avant tout, à acquérir une bonne dose d’anticonformisme et une aptitude au risque, c’est aussi répondre à un besoin de liberté et de rêve, leur réapprendre à prendre le temps, à prendre confiance en eux, à se débrouiller, à résoudre les problèmes rencontrés, à avoir le sens de l’engagement, à développer la volonté, à exalter le courage, l’esprit d’initiative, à se sentir appartenir au monde.
L’esprit d’aventure c’est tout cela. C’est se sentir davantage relié et vivant, en voyage mais aussi chaque jour de sa vie.
Ces voyages ne sont pas toujours faciles et ne sont certainement pas pour moi des vacances ! Seule avec deux jeunes cela demande beaucoup d’attention, de préparation. Qui dit prendre la route ensemble dit aussi faire des choix, des compromis, des négociations, s’adapter, s’ajuster et communiquer, développer l’art du « plan B », gérer les humeurs, les tensions, satisfaire au rythme de chacun, aux envies de tout le monde, être attentif aux besoins et limites de l’un et l’autre, travailler sur les peurs, gérer le froid, la faim, la fatigue, l’ennui… Certaines situations font apparaître des réactions ou traits de caractères parfois inattendus, insoupçonnés… Mais… au final, quelle aventure humaine !
Au fil de ces voyages, je constate que des changements se sont opérés en mes enfants : le plaisir, le désir et l’impatience d’y aller, de vivre une nouvelle aventure, le goût de la découverte, la curiosité et l’ouverture au monde (partants pour tout : visites, musées, ateliers, balades, spectacles, trains…), ils ont également à plusieurs reprises expérimentés le sens du courage, du dépassement de soi et fait preuve d’une belle capacité d’adaptation. Comme ce fut dur pour mon fils la première fois que nous sommes partis pour une plus grande durée de se détacher, de partir loin de ses racines, de son port d’attache, de son père. Quel stress et anxiété cela a provoqué mais il a su rapidement le surmonter et depuis il attend lui aussi avec joie et impatience le prochain départ, c’est gagné pour lui ! Quelle belle victoire sur lui-même, quel gain de liberté ! Ils ont aussi appris à faire leur sac, à gérer leur budget, leur sécurité (avec quelques frayeurs mais on a aussi appris à faire confiance au groupe et à avoir les bons réflexes, tout un apprentissage en soi !).
Au bout du compte, il y a déjà moins de peur de l’inconnu, des autres, de la différence, ils osent davantage entrer en relation, même si la langue est différente (cela a aussi motivé ma fille à apprendre l’anglais), ils sont davantage ouverts, débrouillards, confiants…
Il y a tout un co-apprentissage à vivre ensemble, les uns très près des autres, ce qui demande là aussi une bonne dose de respect, remise en question, écoute et adaptation.
Je peux dire qu’en eux le goût du voyage grandit et, je l’espère, l’esprit d’aventure aussi !
Alors, vous aussi, n’attendez pas, partez à l’aventure et cultivez cet esprit! On a tout à y gagner!
« Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle. »
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