Aux origines du Slow Travel
Le sens des mots
Le mot lent vient du latin « lentus » qui, à l’origine, signifiait « souple », « flexible », « visqueux » et par extension « Ce qui résiste au mouvement ou s’étire ». Il évolua ensuite vers le sens de « paresseux » puis « qui n’est pas rapide ».
Le mot rapide, quant à lui, du latin « rapidus », signifie « qui emporte », « violent », « emporté par un courant ».
Ce mot est lui-même dérivé du verbe latin « rapere » qui signifie « enlever de force », « piller » ou « ravir ».
Associée au voyage, la lenteur pourrait donc renfermer cette idée d’adhérence plus profonde au monde. Elle peut être un moyen de cultiver la souplesse et permettre de mieux s’adapter à ce qui nous est présenté, de savoir renoncer en se disant que moins peut être plus.
Il s’agit d’être ainsi capable, pour ne pas se faire ravir son voyage et son temps, de changer ses plans, son itinéraire et de rester ouvert et accueillant.
L’orgine européenne du mouvement
Le Slow travel s’est notamment inspiré du « Grand Tour » datant du XVIIe siècle. Celui-ci consistait à faire partir en voyage les élites et artistes européens durant plusieurs mois, voire plusieurs années, à travers le continent pour parfaire leur formation et gagner en expérience de vie. On retrouve, dans la philosophie du slow travel, ces notions de durée, d’échanges, d’immersion et de découverte des cultures locales.
Mais le Slow Travel, comme on l’entend aujourd’hui, vient d’Italie et découle plus particulièrement du mouvement Slow Food né en 1999.
L’Europe a toujours été attachée à la notion de terroir et à son art de vivre. Que l’on songe à la Dolce Vita en Italie, aux nombreux marchés et halles marchandes, par exemple.
La mondialisation et l’uniformisation ont été vécues en Europe comme une menace pour cet art de vivre. Il n’est donc pas étonnant que ce mouvement ait démarré de ce continent et plus particulièrement d’Italie.
« Voyage, voyage …
Où vas-tu en cette vie?
Que fais-tu en cette vie?
Passage, je suis de passage ... »
Philosophie du Slow Travel
Le mouvement moderne du slow travel tente tout simplement de retrouver un rapport plus juste au temps mais aussi un rapport plus juste et plus respectueux envers la terre et les territoires traversés, les autres et soi-même.
Le temps long
Le mouvement slow, et ici le slow travel, est, plus qu’un effet de mode, une nécessité.
Il répond à ce besoin urgent de voyager autrement, de ralentir, d’échapper au stress ambiant et de décompresser psychologiquement.
Le slow travel se veut une réponse au conflit opposant la vitesse imposée par la société et notre rythme de vie de base, biologiquement plus lent.
Il cherche à en finir avec les injonctions d’efficacité, les sollicitations multiples, les surstimulations et la surcharge mentale qui nous épuisent, nous éloignent de nos besoins, de nos émotions, du vivant, des rencontres authentiques et du moment présent.
L’ancrage local
Qui dit temps long dit aussi pouvoir rester davantage à un même endroit, avoir le temps de s’imprégner d’un lieu, des particularités locales. Ne pas se concentrer uniquement sur les attractions touristiques mais habiter pleinement un endroit en fréquentant les marchés, en privilégiant la rencontre, en créant des liens.
Attention toutefois de ne jamais envahir ou s’imposer. Ne jamais forcer ou brusquer la rencontre. Il faut veiller à respecter le lieu de vie des habitants et la population locale. Si la rencontre se fait et si des liens se tissent, tant mieux mais il faut que ce soit voulu de part et d’autre !
La conscience écologique
Face au surtourisme, à la surconsommation et aux menaces environnementales qui affectent le monde, s’est aussi dessiné la prise de conscience de la nécessité d’une autre approche, plus respectueuse et responsable, en voyage.
La conscience écologique au sein du mouvement slow travel se retrouve dans la notion de lenteur et de retour au local. Mais elle est aussi présente dans la volonté de diminuer son empreinte carbone en choisissant un mode de transport plus doux et en optant pour des logements, restaurants et activités engagés dans une démarche éco-responsable.
Il s’agit, de par nos choix, d’opter pour un mode de voyage plus vertueux et respectueux du vivant. Éviter les lieux ultra-fréquentés, mis sous pression à tous les niveaux: eau, déchets, usure des sols… Tenter de faire vivre l’économie circulaire, locale plutôt que les multinationales.
À cela s’ajoute une notion d’écologie profonde. Il s’agit d’établir un pont entre le monde extérieur et son monde intérieur. D’y nourrir la relation. De redonner une juste place à ses émotions, ses sentiments et d’être au monde de manière plus simple, plus humble, plus sobre, bref plus adéquate.
Comment réapprendre à prendre son temps et voyager autrement
Dans sa vie
Pratiquer le slow au quotidien
Faire l’expérience de la durée, intégrer cette notion de lenteur peut sembler, à notre époque, une véritable gageure!
Dans un monde où la moindre minute est rentabilisée, la moindre seconde calculée, il est devenu très difficile de s’abstraire de ce cercle vicieux et de retrouver le tempo giusto.
On ne décélère pas en une fois. Il faudra se sevrer de la vitesse, de l’hyperactivité, de l’hyperconnexion…
Pour s’en déshabituer, il faut d’abord en prendre conscience. Ensuite y aller doucement, étape par étape, petits pas après petits pas. C’est un cheminement.
Il faudra régulièrement se rappeler à l’ordre et rester vigilant sur notre manière de fonctionner, tant ces mauvaises habitudes sont ancrées profondément en nous et reviennent aux commandes à la moindre occasion. Le tempo presto n’est jamais loin!
Il nous faudra ensuite l’intégrer plus profondément. C’est tout notre rapport au monde et à nos vies qui change. C’est donc aussi une histoire de temps…
Intégrer ces notions dans son quotidien peut être un bon moyen pour réapprendre à vivre plus sereinement et plus lentement.
Dès que vous le pouvez, dès que vous le sentez, prenez votre temps, ralentissez! Marquez l’arrêt et reprenez votre souffle. Juste pour prendre conscience que votre rythme est trop rapide, que vous avez besoin de faire une pause.
Tentez de revenir à l’essentiel, de redécouvrir les plaisirs simples comme prendre le temps de cuisiner un bon repas, d’observer la vie qui va dans son jardin, pratiquer le slow scroll, délaisser sa consommation de réseaux sociaux au profit d’une balade, d’un livre papier, d’un jeu de société en famille, d’un thé ou d’un café bu en bonne compagnie, pas celle de son téléphone !
Faire passer l’expérience par le corps
Prendre soin de son corps et de son être dans sa globalité, c’est aussi pouvoir se recentrer, se poser et savoir écouter et prendre en compte ses besoins fondamentaux. Accorder, par exemple, un moment d’attention à nos pieds qui nous portent et nous emmènent chaque jour en balade. Réapprendre à être attentifs à tous nos sens, à nos limites et nos émotions.
Nourrir son être sensible
La nature, le silence, la beauté, la créativité, le vivant nourrissent profondément notre être sensible.
Et si nous nous remettions aussi à lire des contes et des poèmes?
Le temps du conte ou du poème est un temps suspendu. Les vers et les rimes sont calqués sur le souffle, ils respirent, bercent, caressent, chuchotent.
Ils invitent à la contemplation, à l’introspection et à habiter plus intensément le monde.
Ils nous emmènent, nous emportent et nous font voir de nouveaux territoires.
Ils explorent les profondeurs, célèbrent le vivant, le vibrant. Dans le silence et la lenteur, ils nous invitent à se reconnecter à notre véritable nature, à nos émotions et à la nature.
Lire un conte ou un poème c’est déjà effectuer un slow travel!
Décentrer son regard
Dans un monde ultra-polarisé, ethnocentré et individualiste, façonné par les algorithmes et les filtres, décentrer son regard et réapprendre à porter notre attention sur les petits détails de la vie et sur le non-humain est aussi essentiel. De même, être conscient que nous sommes aussi ignorants, que nos certitudes peuvent être le fruit de notre éducation, de notre époque et de notre culture et en accepter l’inconfort que cela produit est aussi nécessaire.
Partir pour des micro-aventures
Redécouvrir son lieu de vie, partir à l’aventure chez soi, est également un bon moyen pour apprendre à voir autrement, à s’émerveiller de ce qui nous entoure, du quotidien et de tous les trésors qu’il contient.
Prendre le temps de saluer ses voisins, de s’arrêter pour parler à un passant du coin, prendre conscience que l’on est riche chez soi sans devoir partir loin…
En voyage
Pourquoi ne pas d’abord réinterroger ce que l’on cherche en voyage. Revisiter ses priorités. Pour pouvoir voyager autrement, ce processus réflexif est important.
Dans le titre de mon blog : Lucy en partance, il y a cette idée de durée et de cheminement, physique bien sûr, mais aussi par la pensée. Il me fait explorer, m’aide à approfondir ma réflexion et finalement transforme mon expérience. À ce propos, vous aurez remarqué que j’ai plutôt tendance à écrire de longs articles, voilà une belle occasion d’expérimenter le temps long et de voyager lentement ! 😉
Mettre tous nos sens en éveil et cultiver l’attention
Découvrir et être attentif au patrimoine sensoriel est un autre moyen d’appréhender le monde et de voyager de manière plus holistique.
Voyager par le goût, l’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher – sans oublier notre sixième sens, très important lors d’un voyage: l’intuition – nous enrichit et nous rend plus attentifs à ce qui nous entoure ! Cela nous reconnecte aussi à soi et au monde et constitue véritablement, une source de joie.
Marcher sur les sentiers, pédaler, ramer, camper, nager …
Goûter aux plats locaux et humer leurs parfums. Favoriser les circuits courts, le bio et les labels éco-responsables. Ces plats auront ainsi la saveur du terroir et de la juste rétribution !
Sentir les odeurs d’un lieu: l’effluve de torréfaction du café à Vienne, de la lavande en Provence, du pain en France…
Écouter l’univers acoustique d’un endroit: les cloches des vaches ou des moutons dans l’alpage, le chant du coq dans les fermes, celui des gondoliers à Venise, de l’orgue de barbarie dans la rue, …
Ne pas se focaliser uniquement sur le grandiose, le spectaculaire. Observer aussi le petit patrimoine, celui qui semble ne pas payer de mine mais qui est d’une richesse incroyable ! Un mur en pierre sèche, une vieille enseigne de corporation, un séchoir à foin, …
Il suffit de soulever le voile et de commencer à y prêter attention pour voir s’offrir à nous un monde incroyablement riche, jubilatoire et stimulant, un monde que l’on ne soupçonnait même pas !
Savoir rester ouvert et accueillir ce qui vient
Le soleil est merveilleux,
La pluie rafraichissante
Le vent fortifiant
La neige vivifiante:
Il n’existe pas de mauvais temps,
Juste différentes sortes de beau temps.
John Ruskin
Il pleut? Parfait! Allons nager. Le train est en retard? Magnifique! On va pouvoir observer la vie qui va. Un trou dans le planning? Merveilleux! Et si on se reposait?! Une annulation de dernière minute? Pas grave! On peut aller se promener! …
« La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ».
Sénèque
N’oubliez pas, « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions » !
C’est juste une question de regard!
Prendre des chemins de traverse
Explorer par tous les sens en est déjà un. Mais il y en a bien d’autres …
Partir à l’aventure, peu importe où cela nous mène, y aller. Promener, regarder, admirer, observer, respirer. Oublier les obligations, les injonctions. Ne plus aller vite ou loin mais être là, présent. Et savourer.
Savourer le plaisir de voir s’offrir à soi deux chemins, un que l’on connaît bien et l’autre, inconnu de soi ou du guide à la main. Choisir le second et découvrir! Ne pas savoir où il nous mène et le prendre quand même! Les chemins de traverse sont pleins de joies et de surprises !
Cultiver le lien
Pour une expérience humaine riche, cultiver le lien en voyage est précieux et primordial.
Cultiver le lien avec nos compagnons de voyage
Voyager nous extrait de la routine et des obligations de toutes sortes. Ce moment privilégié nous permet d’être plus disponibles pour échanger, se retrouver et partager. C’est une belle occasion de nourrir la relation et de renforcer la complicité.
Pour autant, il faut pouvoir être à l’écoute des besoins des uns et des autres. Être à l’aise de déposer et assez ouvert pour accueillir. Respecter le rythme de chacun. Que le programme de la journée tienne en compte les envies et souhaits de tous. Que l’on soit d’accord avec les dépenses …
Cuisiner ensemble, parler de sa météo intérieure en fin de journée ou partager ses tops et ses flops en fin de séjour sont aussi de belles occasions de se retrouver et enrichir le lien.
Cultiver le lien avec les habitants du coin
Le voyage est une belle opportunité pour aller au-delà de nos peurs: peurs de l’inconnu, peurs de l’autre, cet « étrange étranger ». En nous ouvrant au monde et à autrui, nous faisons tomber des barrières et nous nous offrons l’opportunité de belles rencontres.
Apprendre quelques mots de la langue aide beaucoup pour établir le contact.
Fréquenter les marchés, prendre ses repas dans une halle marchande, loger chez l’habitant, participer à un atelier de cuisine ou d’artisanat local, faire du Wwoofing… peuvent être une bonne occasion pour échanger et s’ancrer dans une communauté locale.
Un sourire engageant, une salutation bienveillante ou une petite phrase lancée spontanément, suffisent bien souvent à ouvrir les portes et entamer la conversation. C’est aussi simple que cela. Il faut oser ! Rester simple et sincère. Faire preuve de curiosité tout en étant respectueux des coutumes locales et des habitants du lieu.
Dans nos sociétés, nous avons, pour la plupart, perdu l’habitude de nous saluer. On n’ose plus se regarder ni parler spontanément. Nous sommes devenus plus fermés, plus réservés, parfois même gênés…
Mais dites-vous bien que la personne en face de vous sera, bien souvent, toute disposée à répondre à votre sourire ou votre salutation. N’hésitez pas à faire le premier pas, à libérer la parole qui n’attend que ça. Sous l’apparence d’une grande indifférence peut se cacher une simple réserve. Les gens sont, en réalité, accessibles et avides de partage; la chaleur humaine n’est jamais loin et les coeurs, grands ouverts!
Une fois de retour chez soi, cette ouverture à l’autre, expérimentée en voyage, aide à aller plus facilement vers son prochain, croisé au détour d’un chemin, au magasin ou ailleurs.
Soyez des initiateurs de changements! Cultivez le lien !
Cultiver le lien avec soi-même
Vous avez de la chance d’être seul.e, profitez-en pour être davantage à l’écoute de vos ressentis, de votre intuition, de vos limites et de vos besoins.
Pensez à vous faire du bien, à être bienveillant.e avec les autres mais envers vous-même également. Goûtez au silence, créez, … tout ce qui a été dit plus haut, ou dit plus bas, vaut aussi pour vous seul.e. Ne vous privez pas d’un restaurant ou d’un lieu convivial sous prétexte que vous êtes seul.e. Célébrez, savourez et osez !
Exercer sa créativité
L’activité créative en voyage permet de se poser, d’être dans le moment présent et d’intégrer davantage ce que l’on vit et ressent.
Dessiner force le regard à ralentir et à observer de manière plus attentive. S’absorber dans un paysage, tenter de le comprendre, en découvrir les détails, cela demande d’être disponible et de prendre son temps.
L’écriture permet de réfléchir, de revenir sur ce que l’on vit et ressent et d’avoir une réflexion plus profonde sur l’expérience vécue. Raconter peut amener à réaliser plus pleinement ce que l’on est en train de vivre…
On peut écrire pour soi, réaliser un carnet de voyage ou envoyer une lettre à la personne de son choix.
Les lettres se font rare de nos jours mais ne dit-on pas que « ce qui est rare est précieux »? Bien sûr, cela prendra du temps pour l’écrire, du temps pour la faire parvenir et du temps pour la lire mais quelle belle surprise et quel beau cadeau pour celui ou celle qui la recevra!
Chanter ou jouer d’un instrument de musique, c’est aussi s’accorder une pause, s’absorber ou encore partager cet instant. La musique n’a pas besoin de mots pour communiquer, elle possède un langage universel.
Participer à un atelier créatif permet le partage, la convivialité et un moment d’apprentissage commun qui passe par le corps et la rencontre!
Mais aussi …
Pour un voyage plus calme et serein, préférez les saisons où il y a moins de monde. La mi-saison est souvent idéale.
Et au sein de votre journée, choisissez des horaires décalés: « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », rien de plus vrai que cela ! Très tôt le matin, vous aurez la ville ou le village pour vous seul.e, sur le temps de midi, c’est le musée que vous aurez pour vous et en fin de journée (ou lorsque tout le monde dort !), vous pourrez à nouveau profiter pleinement du lieu où vous serez…
Laissez tomber les listes de tâches qui écrasent, choisissez des destinations moins courues, des activités qui favorisent l’immersion, la rencontre, qui profite à l’économie locale, des transports doux, des hébergements éco-responsables…
N’oubliez pas, il n’y a pas une seule manière de vivre son aventure slow travel. C’est avant tout un état d’esprit qui privilégie la qualité de l’expérience plutôt que la quantité de choses à faire et à voir.
L’Europe, un continent idéal pour pratiquer le slow travel
Bien sûr, le Slow Travel peut se pratiquer en tous lieux sur la terre, peu importe l’endroit. Le lieu d’où nous venons peut cependant déterminer la zone géographique d’un slow travel. Étant Européenne, c’est tout naturellement et logiquement que mes choix se portent, en priorité, sur ce continent. Néanmoins, c’est avant tout la manière dont nous abordons un voyage qui détermine ce genre d’expérience.
Au-delà de ces considérations, l’Europe se prête à merveille à ce type de voyage.
Un des plus petits continents
De petite taille, le continent européen concentre sur une surface restreinte une quantité incroyable d’opportunités et de découvertes diverses et variées.
Une grande diversité
On peut passer en quelques heures d’un pays ou d’une région à l’autre tout en étant rapidement plongé dans un univers, des paysages et des cultures très différents!
Entre ses nombreuses langues, son histoire riche, son architecture aux styles multiples, son patrimoine culinaire très diversifié, l’Europe offre de nombreuses possibilités de découvertes.
Son art de vivre est souvent centré sur la convivialité et la table. Le terroir y est très valorisé, notamment via les marchés locaux, lieux très vivants et très présents en Europe. L’artisanat, le folklore et les traditions ne sont pas non plus en reste. Bref, déjà de quoi occuper toute une vie de voyages !
Sans frontières internes
L’absence de contrôle aux frontières au sein de l’Europe permet un passage fluide et doux d’un pays à l’autre. Pas de douane, pas d’attente, pas de stress avec les visas, on peut voyager en toute liberté !
Un réseau ferroviaire dense
De plus, l’Europe possède un réseau ferroviaire très dense, très développé et interconnecté.
À cela s’ajoutent d’autres infrastructures de mobilité douce, elles aussi extrêmement bien développées. Les véloroutes, les milliers de sentiers de randonnées, les voies fluviales… tout cela permet de se déplacer facilement, de manière plus sobre, favorisant une empreinte carbone moindre.
Une conscience écologique plus ancrée
L’Europe a aussi développé, très tôt, dès les années 70, une conscience écologique.
Étant fortement peuplée et industrialisée, elle a très vite été confrontée à la pollution et aux limites de ses ressources naturelles.
Tout ceci peut aussi expliquer pourquoi le Slow Travel y a pris sa source et y est très présent.
« Les Français disent que ‘Partir, c’est mourir un peu’. Je ne l’ai jamais cru, car j’aime voyager, et chaque fois que je prends le train, je me sens revivre ».
Le train, un bon moyen pour s’immerger dans un slow travel
Vraiment ?
Certes, voyager à pied ou à vélo c’est encore plus lent, c’est une tout autre expérience !
Si l’on regarde uniquement sa bourse, les trains, ce n’est pas toujours bon marché face à l’avion, la marche ou le vélo! Quant aux réservations et les retards, c’est parfois bien compliqué à gérer! De plus, s’ils fonctionnent encore au diesel ou voyagent à moitié vides, l’empreinte carbone des trains s’alourdit.
Tout cela, sans oublier que nos congés sont souvent limités. Or le train est plus lent que l’avion, d’où l’importance de bien choisir sa destination et le moyen de transport pour effectuer son voyage dans un esprit slow travel !
Et enfin, il faut le dire, le train n’a pas toujours eu cette réputation de moyen de locomotion lent! Au contraire. Il est d’ailleurs, paradoxalement, à l’origine de l’accélération de nos modes de vie.
À son apparition, alors qu’il allait entre 16 et 50 km/h, il en a effrayé plus d’un tant le rapport au temps et à l’espace en a été bouleversé!
« Les arbres fuyaient à droite et à gauche comme une armée en déroute; les clochers disparaissaient et s’envolaient à l’horizon, (…) les nuages et les vents semblaient haleter pour nous à l’horizon ».
Théophile Gauthier, parti en Belgique.
« La rapidité est inouïe. Les fleurs du bord du chemin ne sont plus des fleurs, ce sont des taches ou plutôt des raies rouges et blanches; (…) les villes, les clochers et les arbres dansent et se mêlent pour nous à l’horizon ».
V. Hugo, lors de son voyage en Belgique.
C’est au regard de notre mode de vie actuel, ultra-connecté et basé sur un rythme effréné, qu’il paraît bien lent!
Bon j’arrête là les critiques sinon mon titre n’aura plus rien de pertinent!
Les bons côtés du train
Moi, j’aime beaucoup prendre le train.
Entendez-vous son chant?
Celui des roues glissant sur les rails, des freins lorsque le train arrive en gare, des portes qui se referment, du sifflet pour le départ, du klaxon lorsqu’il rentre dans un tunnel, de l’annonce faite en gare… Cette mélodie est douce à mes oreilles, elle appelle à l’évasion!
Le train glisse sur les rails comme sur des lignes de vie, il nous emporte vers une nouvelle destinée!
Sans conteste, le parcours en train est un voyage à part entière. Se poser, regarder défiler le paysage par la fenêtre, rêver, lire, contempler, déconnecter et se laisser bercer par le train qui se dandine sur les rails. Rencontrer et échanger aussi, avec son voisin de compartiment ou ses compagnons de voyage. Douce parenthèse sereine qui nous fait transiter, de manière fluide, d’un lieu vers un autre.
LE TGV
On ne peut pas dire que le TGV, filant à plus de 320 km/h, sur des lignes dédiées, pour nous mener, par le chemin le plus court, dans le centre des grandes métropoles, relève du slow travel.
Les trains restent cependant bien pratiques et plus écologiques que l’avion, la voiture ou même le bus, électriques ou non. C’est aussi moins de stress, moins de fatigue et pas d’embouteillages.
Les trains de nuit
En revanche, les trains de nuits sont parfaits pour expérimenter le temps long! Et bonne nouvelle, ils reviennent en force ces dernières années.
Déjà, ils roulent moins vite: entre 100 et 140 km/h (ah oui, tout de même!). Ils circulent sur d’autres lignes, les lignes classiques, celles du réseau historique. Ils suivent un parcours sinueux, rythmé par de nombreux arrêts et pauses en gare pouvant aller de vingt minutes à une heure!
Ainsi ils étalent le temps de trajet. Ils évitent une arrivée trop matinale pour nous laisser gentiment dormir. Un train de marchandise? Une bonne opportunité pour s’arrêter et le laisser passer ! Un arrêt dans des zones plus décentrées? Oui bien sûr! Tout est bon pour allonger le temps, souvent entre 8 et 12 heures, là ou un TGV mettrait entre 1 et 4 heures.
Les vieux trains
Et que dire des vieux trains, ceux qui semblent oubliés ou mener nulle part ou au bout du monde?
Pour mes adolescents, monter dans un vieux train « ça déchire », c’est tellement loin de leur monde ultra-connecté, qu’ils ont presque l’impression d’être plongés dans un film historique datant de, ouh… tellement loin que c’en est impossible à dater!
Les filets pour les bagages, les fenêtres qui s’ouvrent, les rideaux ou tentures aux vitres, les fauteuils en velours ou en tissus et qui de surcroît se déplient, l’odeur aussi, celle d’un autre âge, d’une autre époque et bien sûr la lenteur! C’est juste Waou!
Pour moi, c’est plutôt retrouver d’anciennes sensations. C’est comme une madeleine de Proust, du temps où j’avais l’âge de mes ados. C’est dans ce genre de moments que l’on mesure combien le temps passe et combien le monde change! « Ô temps, suspends ton vol » !
À propos de vieux trains, je ne résiste pas à vous raconter une de nos plus belles mésaventures.
Mon fils, âgé d’une dizaine d’années à l’époque et moi, revenions d’un séjour à la mer en plein hiver. À la vue du train devant nous ramener à la maison, je me demande comment diable pareil ancêtre peut-il encore être capable de rouler ?! Qu’à cela ne tienne, nous montons à bord, nous nous installons, avec quatre autres personnes, dans un compartiment de six, fermons la porte et, le sourire aux lèvres, admirons la vétusté de la bête !
Le train démarre tant bien que mal, faisant crisser ses ferrailles et trembler les wagons. Sa vieille carcasse se met alors à gémir tant l’effort à fournir semble une épreuve épouvantable.
Dehors, il gèle. La nuit tombe. Dans notre voiture, les rideaux se soulèvent sous l’effet d’une vieille soufflerie, de vieux tubes néons s’allument. Mon fils est plongé dans les aventures d’Harry Potter…
Mais voilà que le train se grippe, il hoquette, ses néons s’éteignent, se rallument puis s’éteignent définitivement tout comme la soufflerie. Les rideaux se raidissent d’un coup. Le froid tombe rapidement, de la buée se forme, tout est plongé dans la pénombre. Le train vient de rendre son dernier soupir au milieu de nulle part.
Mon fils, à cet instant, devenu tout blanc, se tourne vers moi et me murmure : « Les mange morts maman, ils arrivent ! ». On se regarde tous mais personne ne pense à le démentir, nous n’en menons pas large et pour peu que l’on n’ait pas un petit peu gardé raison, on le croirait vraiment car tout est là, nous somme pour de vrai en pleine fiction !
Silence, attente tendue de l’arrivée imminente des agents de celui dont on ne doit pas prononcer le nom. Mais soudain, contre toute attente, le train, dans un soubresaut, décide de reprendre vie, les lumières se rallument, la soufflerie aussi. Tous nos corps se relâchent d’un coup, ce n’est pas aujourd’hui que les mange morts raviront nos âmes !
Nous n’étions pas ce jour-là sur le quai 9 ¾ mais bien sur un chemin de traverse et je gage que ce moment incroyable est ancré à jamais dans nos 6 mémoires ! Quant à mon fils, il restera persuadé, des années durant, d’avoir échappé, de justesse, à l’attaque des disciples de Voldemort !
Les trains régionaux
Entre les trains de nuit et les vieux trains, vous avez les trains régionaux. Ils avancent à un rythme modéré. Ils permettent de vraiment découvrir une région, ses paysages, ses villages et petites gares, les zones plus rurales. Grâce à eux, on peut sortir des lieux communs et des hotspots! C’est une excellente façon de pouvoir mieux observer la vie quotidienne et la réalité d’un pays, de sentir son atmosphère aussi.
L’art de s’organiser sans se presser
Préparer ou improviser son voyage? L’un ou l’autre peut être envisagé. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’important c’est de prendre son temps et d’éviter le stress qui engendre une accélération du rythme cardiaque mais aussi une perte d’énergie, vous faisant quitter le slow pour le speed!
Pourquoi ne pas préparer le cadre général et improviser une fois sur place? Ou même, préparer pleinement votre voyage mais sitôt arrivé à destination, tout oublier et laisser la place à la magie de l’instant?
Moi j’aime construire un voyage, j’y trouve un plaisir fou. Cela me fait déjà voyager.
Je m’occupe principalement des contingences mais j’aime, malgré tout, découvrir l’endroit de manière détournée, les fameux chemins de traverse ! Entre autres par la lecture d’auteurs du pays ou de romans se passant dans celui-ci. Je laisse ensuite la découverte du lieu se faire une fois sur place.
Quoi qu’il en soit, les meilleurs souvenirs ne seront pas dans ce que vous aurez projeté mais dans ce que vous aurez vécu! Et ce ne sera probablement pas là où vous les attendiez! Alors ne vous encombrez pas trop, ne vous mettez pas la pression. Branchez-vous sur vos ressentis, vos envies et ce que la vie a à vous offrir dans le moment présent.
Surtout, ne répondez pas aux injonctions. Accordez-vous le droit de changer. Le Slow Travel a de multiples facettes mais vous n’êtes pas obligés de cocher toutes les cases pour être bons !
N’oubliez pas, l’origine du mot lent est: souple, flexible !
Éviter le « SlowWashing »
Comme pour tout, le mouvement Slow Travel est lui aussi récupéré par le marketing car il a le vent en poupe et est source potentielle de profits juteux.
À l’instar de l’écologie et du greenwashing, le Slow Travel a, lui aussi, avec le slowwashing, ses dérives.
Sous couvert de ce concept « slow travel », certaines agences mettent sur pied des voyages de luxe, idylliques, très élitistes et souvent mis en scène.
Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir ce genre de séjour à des prix exorbitants, ni même le temps disponible pour le faire. On est surtout bien loin de la sobriété.
Ce mouvement slow étant porteur et répondant à un besoin profond de la société, il est tentant de l’utiliser comme un simple argument de vente. Certaines plateformes se contentent d’ajouter, à un séjour lambda, deux vélos en location et un panier bio pour y coller l’étiquette « Slow », sans pour autant modifier en profondeur leurs offres ou séjours.
Quant aux réseaux sociaux, c’est aussi, bien souvent, la course aux clichés parfaits exprimant l’idée de Slow idéalisé et scénarisé qui est recherchée. Le choix de la palette de couleurs, de la composition et de la technique de l’image finit par importer plus que l’expérience elle-même.
On marchandise également de plus en plus les rencontres dites « authentiques » avec les paysans, les artisans, les habitants qui sont à leur tour théâtralisés et mis en scène. Citons, par exemple, la chaîne de restaurants à haut rendement en Italie « Osteria da Fortunata » où les « nonna » sont installées en vitrine pour pétrir et découper les pâtes à la main.
Et enfin, en décentrant en masse les voyageurs vers des lieux plus ruraux, ces endroits subissent un afflux soudain de touristes qu’ils sont incapables d’absorber, n’étant ni prêts, ni adaptés, ni même forcément désireux de le faire!
La pression exercée sur un lieu ou un écosystème peut vraiment être dommageable et pour les milieux naturels et pour les populations locales. Dégradation de l’environnement, manque de respect de l’intimité des habitants, augmentation des prix des loyers…
Soyez donc attentifs à tout cela lorsque vous déciderez d’expérimenter ce genre d’aventure. Posez-vous les bonnes questions et faites bien la part des choses !
Bon voyage !
Quelques liens utiles
Slow Food: https://www.slowfood.com/fr/
Slow Trips: https://www.slowtrips.eu/
Wwoofing: https://wwoof.net/
Trainline: https://www.thetrainline.com/fr
Interrail: https://www.interrail.com/en
SNCB International / B-Europe: https://www.b-europe.com/FR
SNCF Connect: https://www.sncf-connect.com
Back on track: https://back-on-track.eu/night-train-map/
Chrono trains: https://www.chronotrains.com/fr
Tripit: https://www.tripit.com/web
Ecobnb: https://ecobnb.com/
Greengovoyage: https://www.greengo.voyage/
Welcome to my garden: https://welcometomygarden.org/fr
Vaolo: https://vaolo.com/
Fairtrip: https://www.fairtrip.org/
Withlocals: https://www.withlocals.com/fr/
Planificateur à contresens: https://planificateur.a-contresens.net/
Vous pourriez être tentés de partir en voyage, n’hésitez pas à aller jeter un oeil sur mes circuits slow travel.
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